Ségolène Royal a achevé dimanche un voyage de trois jours aux Antilles, où elle s'est efforcée de reprendre la main face aux attaques de la droite métropolitaine, s'affichant en combattante politique avec les valeurs de la gauche en bandoulière.
Au moment où sa campagne pour la présidentielle suscite des interrogations dans l'opinion (57 % des Français jugent "plus solide" celle de son rival Nicolas Sarkozy, que six sondages de suite donnent vainqueur), la candidate socialiste assure n'avoir "aucune inquiétude".
L'offensive de la droite "m'a mise à l'épreuve, c'est une étape, il y a encore du temps" d'ici le vote d'avril-mai, a dit Mme Royal, répétant qu'elle est "une femme debout", que "la victoire est irrésistible", et même, en créole: "Nou kay cassé çà" (on va tout casser!)
A travers la démocratie participative, "j'ai posé mes fondations, donc ma maison sera solide. C'est comme un arbre qui étend ses racines. Après, la plante peut s'élever vers le ciel", a-t-elle expliqué.
Selon son directeur de campagne François Rebsamen, qui l'accompagnait, ce déplacement doit donner "un nouvel élan" à sa campagne. Il marque un pas dans "la clarification politique entre la gauche et la droite". Une manière de mobiliser l'électorat.
A presque chaque étape de son voyage, sans fausse note, la candidate à l'Elysée s'est présentée en championne d'une "France métissée". Le propos, dessinant une conception de la République "qui ouvre les bras à tous ses enfants", allait bien au-delà des Caraïbes.
Multipliant les hommages aux figures locales de la lutte contre l'esclavagisme, Ségolène Royal a dénoncé "une lecture révisionniste de l'histoire, dont une certaine droite s'est fait une spécialité" et "la confusion insupportable des valeurs" consistant à "mettre sur le même plan les croisades et Valmy, le Moyen Age et la Révolution française". Ces diatribes ont assuré le succès de ses réunions.
La candidate socialiste peut se targuer d'avoir fédéré presque toute la gauche antillaise derrière elle. Seul le président indépendantiste de la région Martinique, Alfred Marie-Jeanne, qu'elle a rencontré comme tous les "grands élus" qui ne lui ont pas mégoté leur soutien, est resté à l'écart de ce mouvement.
"Ici, c'est le symbole du rassemblement qu'elle a commencé dans l'Hexagone", a assuré M. Rebsamen.
En 2002, la gauche n'était pas parvenue à mobiliser l'électorat (environ 630.000 inscrits) sur ces terres qui lui sont favorables: la participation avait à peine atteint 40% et en Guadeloupe, Lionel Jospin n'était arrivé que troisième, derrière la députée PRG de Guyane Christiane Taubira et Jacques Chirac.
Les socialistes espèrent réunir dès le 1er tour 55% des voix en Martinique et 45% en Guadeloupe.
Pour conquérir cet électorat, elle a beaucoup promis: apurement des dettes locales de l'Etat, plan de relance des investissements publics et du logement social en particulier, "préférence régionale" réservant aux Antillais une part des postes pourvus par concours administratifs...
Mais, si la proposition de "zone franche globale", censée stimuler l'essor économique, a été mise sur la table, elle ne sera pas forcément retenue par la plateforme présidentielle, selon l'entourage de Ségolène Royal.
Quant à l'accord de la candidate pour le "congé de solidarité" en Martinique et Guadeloupe (financement de préretraites à 55 ans moyennant l'embauche de jeunes), il contredit le discours national du PS sur le maintien dans l'emploi des seniors.
Source : Actualités Orange
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